Violents incidents de Kanté : Banal fait divers ?

C’est devenu une habitude que des populations posent des actes inciviques à qui l’on prête des caractères politiques. Dès qu’il y a une mise à sac d’un commissariat ou d’un symbole de la force publique, les partis politiques et autres instances d’opinion l’interprètent comme un ras-le-bol de populations contre une supposée dictature. Les événements de Dapaong, de Niamtougou et de Kanté, qui ont défrayé la chronique ces dernières semaines, sont-elles liées ? Sont-elles politiques ? Les investigations à Kanté laissent des interrogations, un malaise devant l’opinion commune médiatisée.

Kanté, ville paisible du Nord située à 426 Kms de Lomé, est sans histoire. Pourtant le 16 mai dernier, elle entre soudain en ébullition volcanique. Deux manifestations d’habitants en colère.

Dans un premier temps la découverte du cadavre d’un jeune homme disparu. « Le jeune homme avait accompagné un bûcheront en brousse pour la coupe de bois. Quelques jours plus tard, le scieur revient en ville annoncer la disparition du jeune à la famille. Trois jours après, le corps du jeune fut retrouvé dans la brousse vers la montagne de Défalé », raconte un fonctionnaire des postes.

Mort suspecte

La gendarmerie a un suspect, le bûcheron, qu’elle met en garde à vue, avant de le libérer quelques jours plus tard, en attendant la poursuite des investigations. Mais, certains ont trouvé un bouc émissaire idéal en la personne d’un ressortissant nigérian dont la boutique à pignon sur rue dans la ville.

« Selon les rumeurs, un commerçant Nago installé à Kandé est soupçonné d’avoir assassiné le jeune. Interrogé, l’intéressé a déclaré ne rien avoir avec l’affaire », témoigne un autre habitant, un paysan de la ville.

Fétiches, occultisme et compagnie. Les préjugés ont la vie dure. Les traditions, elles, persistent et signent. Quand on n’a pas de preuves scientifiques, les bonnes vieilles méthodes peuvent servir. Le 16 mai, « la famille du défunt a procédé au rituel traditionnel qui indique le Nago comme étant l’auteur de la mort du jeune. Ce dernier dans sa fuite se dirige à la brigade de la gendarmerie de la ville », ajoute le paysan.

La population menace de casser le service si on ne leur livre pas le fugitif. Les gendarmes résistent. « Seule la porte principale des bureaux a été fracassée« , ajoute ce paysan.

Les gendarmes arrivent à persuader le groupuscule d’individus de garder le calme. La sérénité revient dans les rangs, mais pas pour longtemps. Le groupuscule des proches de la victime repart et se livre au saccage du domicile et du commerce du ressortissant nigérian.

Fin de l’acte 1. Acte deux, autre scène.

L’acte deux est plus calibré. Il s’agit carrément d’une affaire de voyous, de contrebandiers de carburant. Ça commence par une affaire de chantage. Un jeune homme, qui aurait été envoyé par les douaniers, s’est rendu au domicile d’un vendeur d’essence pour lui réclamer une somme trente mille francs sous prétexte qu’il l’a vu importer du carburant.

 »C’est à la suite d’une altercation entre ce jeune et les vendeurs que ces derniers ont envahi le poste de douane pour le saccager« , selon le fonctionnaire des PTT. L’interdiction de la contrebande de carburant a créé des tensions dans la zone. Les contrebandiers ont dans le collimateur les douaniers boucs émissaires d’une décision gouvernement. 

 »Les vendeurs de carburant illicite acquis au Bénin ont profité du climat créé par le premier cas pour régler à leur profit le compte aux douaniers dont la mission est de combattre ce genre de pratique", ajoute le fonctionnaire.

Il s’agit manifestement de deux affaires différentes, sans lien aucun ni corrélation. Mais le hasard fait souvent bien les choses pour qui veut politiser tout acte incivique des citoyens. Les politiciens de bazar parlent de révolte des populations, et prophétisent même la révolution. Ils veulent du sans. Pas évident qu’ils l’auront leur révolution. Ou peut-être, ils l’auront comme un boomerang. Casser un poste de douane et se plaindre après que la Commune ne fait rien pour la ville de Kanté…

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