Les églises dites éveillées

Un véritable « Alléluia business »

Le Ciel appartient aux plus offrants, tel est le slogan phare de certains pasteurs d’églises dites charismatiques qui font de l’œuvre de Dieu un moyen de spéculation au détriment des fidèles de l’église. Elles sont légions et on les retrouve à chaque coin de la ville, les églises dites éveillées et leur pluralité crée parfois une sorte de concurrence déloyale entre elles dans la mesure où chacune d’elles se veut la seule détentrice de la Vérité et garante de la vie éternelle. Aussi portent-elles des dénominations taillées sur mesure : « Les feux des derniers temps, Église internationale parole de vie, Piller l’enfer et peupler le Paradis, La voie du salut », « Temple du Changement »...

Elles sont majoritairement composées des femmes qui ont des problèmes de foyer et des hommes qui veulent faire prospérer leurs affaires ; et la plupart de ces églises se retrouvent en Afrique de l’Ouest et centrale.

La crise économique aigue qui frappe le continent depuis plus de deux décennies demeure la cause directe de certaines pratiques peu orthodoxes. Et naturellement, « aux grands maux les grands remèdes ». Tous les moyens sont alors bons pour tirer l’épingle du jeu. Ne dit-on pas souvent que la religion est l’opium du peuple ?

Au Togo, tout part d’un simple lieu de prière où beaucoup de personnes vont pour prier Dieu qui, dans son infinie bonté, est toujours disponible et accessible à tout être vivant. Mais au fil du temps, ce lieu devient une véritable chapelle digne de ce nom et ce changement spectaculaire est dû à certaines modifications apportées dans la vie de cette entreprise, si l’on peut l’appeler ainsi.

Tout d’abord, on agrandit l’espace et on fait passer quelques couches de peinture pour donner à celui-ci un éclat assez accrocheur dans son ensemble. Ensuite, c’est le tour d’une sonorisation nickel, importée de l’Europe dans la majorité des cas, et on établit tout un programme de culte qui s’étale sur toute la semaine, c’est-à-dire de lundi à dimanche avec des horaires impossibles.

Enfin, on met en place un comité de suivi des activités et cette instance dirigeante est composée du pasteur, de son épouse et quelques membres influents dans l’église communément appelés les diacres ; et tous ceux-ci sont coiffés par une ou deux personnes nanties qui injectent leur propre argent dans l’église depuis l’acquisition de la parcelle de terre sur laquelle le local est construit jusqu’aux frais d’achat d’espaces sur les médias, en vue de faire connaître la situation géographique de l’église et ses imminents prédicateurs.

La notion de disponibilité est ancrée dans tous les esprits, les horaires sont fixés en fonction d’un programme alléchant : culte d’adoration, culte de louange, séance de jeûne et prière, messe de délivrance, étude biblique quotidienne, messe d’action de grâce, culte spécial de vente et de charité, journée spéciale de témoignage, séance de répétition de chants chorals… et le jour du sabbat proprement dit. Le respect scrupuleux de ce calendrier hebdomadaire par tous les adeptes est de mise, ce qui crée naturellement des abandons de foyers et de postes de travail.

Par ailleurs, au cours de la célébration de chacun des cultes cités plus haut, l’ambiance demeure toujours festive, on loue Dieu, on le magnifie, on le vénère avec des instruments de tout genre et à chaque demie heure la quête est au rendez-vous au cours de laquelle le prédicateur divinement oint, dans son homélie taillée sur mesure, préfère le silence des billets de banque au bruit des pièces d’argent. D’où le ciel appartient aux plus offrants.

L’un des stratagèmes les plus en vogue demeure « les miracles », et ça marche. Ces pasteurs qui se disent hommes de Dieu font habituellement recours aux pouvoirs maléfiques (Indian power) pour opérer des miracles de tout genre. Cette pratique occulte hypnotise tellement les fidèles de l’église qu’ils sont prêts à offrir même leur âme au pasteur « divinement oint », si cela s’avère nécessaire. Et souvent, c’est les femmes qui en sont les proies, la principale cible et la plupart du temps, les principales victimes de ces ruses ; car selon ces dernières, miracle rime avec vérité, onction avec puissance.

Les jours se succèdent, la vie du pasteur et celle des financiers de l’église changent et cela saute aux yeux : ce sont des voitures 4*4 dernier modèle, des beaux costumes et un teint raffiné. Au sein de la même congrégation et au même moment, la pauvre femme la plus fidèle de l’église récolte des misères en voyant son petit commerce sombrer et son foyer déséquilibrer par manque de temps et un minimum d’attention.

Pasteur, évangéliste, apôtre, prophète, révérend, visionnaire, …voilà autant de titres que d’aucuns se donnent pour attirer un nombre incalculable de fanatiques dans leurs églises qui ne sont autres que de véritables machines à sous.

Il n’y a rien de plus normal que d’adorer Dieu le créateur, le remercier pour tout ce qu’il fait dans la vie de toute créature. Mais faire des fidèles un fond de commerce au nom de la religion est contraire aux prescriptions bibliques.

A propos de l'auteur

Late Pater

Il est rédacteur au journal L’Union pour la Patrie et au site web Pa-lunion.com

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