M. Mohamed ATCHADE, spécialiste en ophtalmologie

« Sur 10 patients, 5 au moins souffrent de la conjonctivite virale (Apollo) »

« Apollo » , voilà la maladie que craignent beaucoup de personnes dans la capitale togolaise à l’approche de l’harmattan. De sa vraie désignation, « conjonctivite virale ou hémorragique », ce mal est l’objet d’un entretien que notre rédaction a eu avec M. Mohamed ATCHADE, spécialiste en ophtalmologie à l’hôpital de Bè.

Pa-lunion.com : Qu’est ce que la conjonctivite ?

Mohamed ATCHADE : La conjonctivite est une maladie de la conjonctive. Cette dernière, pour faire simple, est la tunique blanche qui recouvre l’œil. Lorsqu’il y a inflammation de cette partie blanche de l’œil, nous appelons cela conjonctivite. De façon classique, il existe trois types de conjonctivite : celle allergique, celle bactérienne et celle virale communément appelée Apollo.
A l’historique, il y a avait un savant du nom d’Apollo qui a été sur la lune. A son retour, le mal a atteint beaucoup de personnes et la propagation lui est attribuée.

La conjonctivite virale attaque souvent, apparemment, en période d’harmattan. Cette maladie serait-elle saisonnière ?
Nous nous sommes, effectivement, rendus compte qu’en période de poussière, il y a un pic au niveau des patients qui souffrent de cette maladie. Ces temps ci, c’est l’une des causes majeures de nos consultations en ophtalmologie : sur 10 patients, 5 au moins souffrent de la conjonctivite virale. Le reste du temps, il y a des cas sporadiques.

Au moment de l’harmattan, le vent est sec et il y a de la pollution dans l’air, c’est l’explication de la propagation rapide pendant l’harmattan.

Comment arrive-t-on à déceler ce mal chez un patient ?
La conjonctivite attaque de façon générale par un seul œil. Ce dernier devient rouge et le patient a un picotement semblable à celui d’un grain de sable dans l’œil. En moins de 24 heures, l’œil devient rouge avec des sécrétions. Parfois, lorsque vous vous réveillez le matin, les paupières sont gonflées. Parfois aussi, cela provoque un mal de tête. En 48 heures, le second œil est contaminé.

La conjonctivite virale est-elle contagieuse ?
Elle est hyper-contagieuse. La voie de transmission, c’est le contact. Comme c’est une maladie très gênante, les gens ont tendance à frotter les yeux avec les doigts ; d’autres utilisent les mouchoirs pour à tout moment enlever les sécrétions. A force d’être en contact avec les sécrétions, une personne X atteinte contaminera une personne qu’elle salue si celle-ci ne prend pas ses dispositions. Il y a quatre ans, j’ai eu un patient que j’ai consulté autour de 11 heures ; à 13 heures, j’ai été contaminé.
Il y a une certaine notion familiale : si la maladie atteint une personne, toute la famille pourrait être touchée.

Suffit-il de regarder une victime de la conjonctivite virale pour être contaminé, comme cela se dit dans la société ?
Non, il faut obligatoirement la notion de contact.

Quelles sont les personnes les plus sujettes à cette maladie ?
Toute personne peut être atteinte par la conjonctivite virale.

La conjonctivite se guérit-elle ?
Oui, c’est une maladie comme toute autre. Si l’on suit bien le traitement, on sera guéri en l’espace de 72 h.

En quoi consiste le traitement ?
Puisque virale, il n’y a pas de véritable médicament. Néanmoins, nous traitons les signes et les symptômes. Nous mettons le patient sous antibiotique.
Notons que la personne malade ne peut pas elle-même s’administrer le produit au risque de se réinfecter. Nous conseillons à une tierce personne proche du patient de le faire en prenant soin de respecter certaines mesures.

Quelles sont les mesures de prévention.
Il faut éviter le contact avec des personnes infectées. Il faut se laver les mains le plus souvent possible. Il faut également après salutations éviter d’envoyer les doigts dans les yeux.
Nous conseillons à une personne atteinte aussi d’éviter le contact direct de la main avec son entourage. De façon pratique lorsqu’un élève, par exemple, est infecté, il faut une éviction scolaire jusqu’à guérison. Si c’est un employé, il lui faut un repos de 72 heures pour suivre un traitement.

Un mot de fin à l’endroit de la population ?
C’est vrai que nous sommes dans une période d’épidémie, nous conseillons à tous d’observer les mesures d’hygiène. Nous conseillons aussi aux populations d’éviter l’automédication : seul un ophtalmologue est habilité à traiter avec les produits qu’il faut une conjonctivite hémorragique ou virale. N’hésitez pas à vous approcher d’un ophtalmologue lorsque vous vous sentez atteint, si on s’y prend tôt, en 72 h ou moins, le mal est maîtrisé.

A propos de l'auteur

Ghislain A.-K.

Jeune journaliste, il est un rédacteur du site d’informations pa-lunion.com

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