Bonheur à tout prix

Quand mariage rime avec maraboutage

Les femmes togolaises font du fétichisme leur thé matinal. Jeunes comme adultes, elles sont toutes des clientes de ces hommes aux pouvoirs mystiques communément appelés marabouts (ou bokono en Ewé). Le phénomène est assez répandu dans toutes les régions du Togo. Les cas d’espèce, c’est surtout quand elles veulent en savoir un peu plus sur leur vie de couple. Elles y vont pour chercher un mari, mais aussi pour garder le Don Juan qu’elles ont déjà trouvé. Des fois, elles parviennent à leur fin, mais la plupart du temps, elles échouent. Ce qui ne les empêche pas de continuer à les consulter et à suivre à la lettre leurs recommandations, parfois au détriment de leur bonheur

Le Togo est certes un pays où le christianisme domine, mais c’est aussi un pays où les gens sont très attachés aux croyances mystiques. Pour différentes raisons, les gens consultent des marabouts. Mais c’est à priori les femmes qui les consultent le plus souvent pour trouver des solutions à leurs problèmes de cœur.

Elles sont des centaines de milliers de togolaises qui sont à la trentaine révolue et ont tout pour plaire mais n’ont pas toujours trouvé « les chaussures à leurs pieds ». Toutes, sans exception, veulent épouser un bon mari, l’homme idéal, le prince charmant, le bourreau des cœurs solitaires, peu importe le prix et le risque que cela doit comporter. Mais elles ignorent que le mariage n’est pas fait pour tout le monde.

Pour pouvoir mettre toutes les chances de leur côté et trouver « un bon mari », nombreuses sont les togolaises qui s’en remettent aux féticheurs, marabouts, prophètes, pasteurs. Et si le hasard joue en leur faveur et qu’elles commencent par se faire appeler Madame X ou Y, elles consultent rapidement des devins pour garder ce « cadeau précieux » à elles seules. Ironie du sort, ces mariages sont toujours soldés par un fiasco. C’est le cas d’une femme qui avait jeté un sort à son mari pour que ce dernier ne regarde personne d’autre qu’elle. Mais, à force de la suivre comme un mouton, le monsieur était devenu trop « collant », ce qui étouffait cette dernière et elle a fini par aller chercher un petit pompier (un gigolo) par la suite. Comme pour dire, tout excès est nuisible.

Malgré les fins tragiques ou conséquences désastreuses des histoires de couple qui fonctionnent à base du gri-gri, les femmes togolaises continuent d’envouter leurs maris. Et les plus courants demeurent ce qu’on appelle dans le langage familier « gbontémi » traduit par « dis oui ». Une pratique qui possède des pouvoirs mystérieux et qui permettrait de « téléguider » le conjoint et de le faire manger dans le creux de la main.

Les femmes togolaises sont très friandes des films Ibo (nigerians) qui inondent le marché togolais. Lesquels illustrent et traduisent les réalités africaines. Et au Togo, ces longs métrages sont suivis par 95% des femmes car étant diffusés sur Zion (une chaine chrétienne) et commentés en langue locale par le « tout feu tout flamme » Pasteur et Dr Luc Russel Adjaho qui n’est autre que le patron de cette chaine de télévision privée.

Mais force est de constater que le phénomène prend du large et l’on a l’impression que ces scénarios qui mettent en avant-garde la sorcellerie, ne font que les divertir ou au pire, les encourager à recourir au maraboutage, une pratique qui n’est pas encore règlementée au Togo.

En fait, les jeunes filles togolaises, de part leur nature, cherchent toujours une solution plus facile et rapide pour trouver le prince charmant. Fati, une demoiselle de 27 ans confie avoir rendu visite à des marabouts pour attirer des hommes vers elle, à plusieurs reprises. Mais ses tentatives sont restées vaines. « Je suis allée voir les marabouts pour que la chance me sourisse, mais aussi pour que les hommes me fassent la cour. Certains m’ont remis une potion et d’autres, une amulette. J’ai eu à faire toutes ces choses, mais jusqu’à présent, je suis seule. Je crois que le mieux c’est de croire en Dieu. Les histoires de marabout c’est une perte de temps ».

Sa copine Adjoavi, très intéressée par la question, ajoute pour sa part : « J’ai plusieurs fois consulté des marabouts, mais le plus choquant, c’est que souvent, ils peuvent même te demander d’avoir des rapports sexuels avec toi ». Ayélé, une autre jeune fille raconte son histoire. « C’est une réalité africaine voire togolaise. Mais il se trouve que beaucoup de ses gens qui se disent marabouts font du commerce et ne font que de mauvaises choses en généra l ». Elle conclut que « mieux vaut avoir de la complicité avec son homme que d’aller voir des marabouts pour pouvoir le garder ».

Contrairement aux jeunes filles qui consultent les marabouts pour trouver le mari fidèle, les femmes mariées y vont pour se protéger et éloigner leur mari d’éventuelles aventures. Quant aux femmes dont les maris sont polygames, elles y vont le plus souvent pour, disent-elles, éloigner leurs maris de leurs coépouses ou rendre la vie difficile à ces dernières.

Il faut avouer que le fort taux de célibat au Togo constitue un facteur prépondérant et les réalités sont multiples. Il y a des femmes qui n’ont pas encore trouvé l’âme sœur et celles qui croyaient l’avoir trouvée, se sont aperçues qu’elles se sont trompées. Ces dernières sont les divorcées, les vielles filles, les blessées de guerre, etc. Il y a aussi le cas de celles qui attendent le retour ou pour rejoindre leurs fiancés en Europe ou aux Etats-Unis et qui sont là à attendre leur hypothétique retour pour le mariage. Et tous les moyens sont mis en œuvre même si cela prend une dimension mystique.

Le maraboutage ne peut pas faire fonctionner un ménage car la clé d’une famille épanouie et heureuse, c’est d’abord l’amour, le respect mutuel, la compréhension entre autres. Bref, la communication est le soubassement d’un ménage solide. Mener une vie saine et responsable, attire également beaucoup d’hommes togolais.

A propos de l'auteur

Late Pater

Il est rédacteur au journal L’Union pour la Patrie et au site web Pa-lunion.com

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